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Des ressources à ménager et à mieux utiliser


Économiser l’eau


De nombreux facteurs engendrent à l’heure actuelle des gaspillages importants.

Le mauvais entretien des canalisations et adductions d’eau entrainent des déperditions massives. On estime qu’elles sont de l’ordre de 40 % dans les villes latino-américaines. Les pertes seraient de 40 % à 60 % à Riyad (alors que la capitale saoudienne consomme une eau produite à grand frais par ses usines de dessalement). Mais de tels gaspillages ne sont pas propres aux pays du sud. Au Royaume-Uni, les compagnies des eaux privées perdent environ 30 % de l’eau transportée.

Par ailleurs, dans l’agriculture, la technique d’irrigation la plus pratiquée reste l’irrigation gravitaire, qui est la plus rudimentaire : on fait s’écouler l’eau, amenée par des petits canaux et rigoles au milieu des cultures. Mais ceci génère d’immenses gaspillages, car 60 % à 65 % de l’eau ainsi employée s’évapore ou s’infiltre sans nourrir les plantes.
En outre, une irrigation mal pratiquée génère un phénomène de salinisation. Lorsque les eaux d’irrigation s’infiltrent et dépassent les capacités d’absorption des nappes sous-jacentes, il se produit des remontées d’eau par capillarité et cette eau s’évapore, mais en laissant en surface les sels qu’elle a dissous. Selon la FAO, le phénomène affecte au moins 20 % des terres irriguées dans le monde, et contribue à freiner la hausse des rendements.

Confrontées à des déperditions massives à cause d’adductions d’eau défectueuses, la ville de Québec a réagi efficacement et a pu réduire d’un tiers entre 1975 et 1998 les quantités d’eau potable qu’elle avait à produire grâce un dispositif de surveillance systématique des canalisations. New York, guettée au début des années 1990 par la pénurie, a fait de même pour éviter d’avoir à investir dans une nouvelle station de pompage.

Dans les pays développés, les gaspillages domestiques pourraient être limités par l’utilisation de chasses d’eau à consommation réduite, par la récupération des eaux de pluie pour différents usages, par des normes plus strictes sur les machines à laver…

Quant à l’agriculture, l’irrigation par aspersion permet, sans aucun aménagement du terroir cultivé, d’économiser 30 % à 50 % d’eau par rapport à l’irrigation gravitaire. La micro-irrigation est encore plus économe en eau. Inventée par les Britanniques dans les années 1940, elle a été améliorée et popularisée par les Israéliens, qui l’ont systématiquement employée dans le désert du Néguev. Des procédés de récupération de la rosée ont même été développés dans les années 1990 en Israël et au Chili.

Mobiliser davantage les ressources


Dans certains pays, les ressources hydriques les plus accessibles sont déjà largement surexploitées et/ou polluées, au moins localement.
Ailleurs, les ressources sont fréquemment sous-utilisées ou au contraire gaspillées (plantations de cultures très évapotranspirantes telles que le maïs en zone aride, ou piscines de luxes et golfs irrigués construits dans le désert), alors même qu’une partie de la population manque d’eau.
Au total les pays qui prélèvent plus de 75 % de toutes leurs ressources en eau douce sont très minoritaires. La très grande majorité des pays n’utilisent pas plus de 20 % de celles-ci. Dans beaucoup de pays en voie de développement, cela est dû à un manque de moyens. On estime ainsi qu’en moyenne, sur le continent africain, on ne prélève chaque année que 5 % de toutes les ressources en eau renouvelables qui pourraient être théoriquement prélevées.
En effet, alors que le nombre de barrages sur les fleuves a été multiplié par sept dans le monde depuis 1950 et que l’on en compte aujourd’hui 20 000, l’Afrique ne possède au total que de 2 % de ces équipements.

Cependant si beaucoup de nappes phréatiques sont aujourd’hui peu exploitées ou pourraient l’être davantage (sur les quelque 8 millions de km d’eaux souterraines, environ 12 000 km s’écoulent chaque année vers les océans), ce qui a incité la FAO a recommander de plus systématiquement développer les pompages, de nombreuses zones sont concernées par de graves pollution d’origine anthropique des nappes superficielles (ce qui limite les perspectives d’utilisation ou rend nécessaire de couteux systèmes d’épuration de l’eau). Le pompage des nappes peut aussi tarir les sources utilisées par la faune sauvage, le bétail et les populations locales, voire localement contribuer à des phénomènes de désertification ou de salinisation. En outre, dans les pays les plus pauvres, les moyens techniques et financiers font défaut pour exploitation les nappes et identifier celles qui pourraient l’être sans risque.

En utilisant la technique du dessalement de l’eau de mer, les ressources paraissent illimitées, cependant cette technique est gourmande en énergie. C’est pourquoi ce sont surtout les pays riches en ressources énergétiques qui l’ont développée : l’Arabie saoudite est ainsi le premier producteur mondial d’eau dessalée, avec environ un tiers de la production mondiale, cependant :



le dessalement de l’eau de mer revient à environ 1 €/m au prix actuel de l’énergie (2004) ;

ce dernier ne semble pas s’orienter à la baisse, mais bien à la hausse ;

la mise en œuvre des énergies fossiles accroît l’effet de serre.


la reforestation des zones semi-arides est aussi un moyen de restaurer des écosystèmes capables de mieux capter, stocker et infiltrer l’eau. Des techniques de renaturation et génie écologique sont testées depuis quelques décennies pour faciliter la résilience écologique des milieux et leur capacité à conserver l’eau, dont une partie peut alors être utilisée par les populations locales, mais de nombreux projets n’ont pas abouti, le bétail ayant mangé les plantations, ou le désert les ayant envahi.

Développer le commerce de l’eau ?


La logique libérale peut conduire à promouvoir un commerce de l’eau. Les États de l’ouest et du sud des États-Unis, confrontés à un climat aride et à l’épuisement de leurs réserves d’eau, lorgnent ainsi sur « l’or bleu » du Canada, qui possède 9 % des réserves d’eau douce de la planète. Déjà, dans les années 1980, la Colombie-Britannique, province canadienne, avait accordé des licences pour l’exportation d’eau vers les États-Unis.

De fortes oppositions sont apparues au Canada, surtout dès lors qu’est entré en vigueur, en 1989, l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna). En 1991, le gouvernement de Colombie-Britannique décréta d’ailleurs un moratoire sur les exportations d’eau. Et Ottawa a décidé un moratoire similaire au niveau fédéral, en 1999. Certes, un état membre de l’Aléna n’a pas le droit, en principe, de restreindre la vente hors de ses frontières d’un produit dont le commerce serait autorisé sur son propre marché. Mais les organisations hostiles au commerce de l’eau font valoir que l’Aléna concerne les produits de l’activité économique, alors que l’eau est une ressource épuisable. Par ailleurs les règles de l’Organisation mondiale du commerce autorisent les États à refuser d’exporter leur eau.

Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale estiment que la fourniture d’eau aux populations, dans le monde, devrait être réalisée par des entreprises privées en situation de concurrence. Car, si en France, la distribution d’eau est essentiellement déléguée à des opérateurs privés, elle est, dans le monde, assurée à 95 % par des opérateurs publics (États ou municipalités).
Or, ces opérateurs publics, selon le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ne vont pouvoir réaliser seuls les énormes investissements indispensables dans les décennies qui viennent.

En tous cas, quels que soient les fournisseurs, l’eau sera plus chère dans l’avenir.

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